
Cette déclaration intervient alors que les militaires qui lui sont fidèles ont lancé une offensive contre les insurgés pro-Ouattara dans le quartier d'Abobo, à Abidjan. Ces derniers dénoncent des «tueries aveugles».

Laurent Gbagbo profite-t-il de l'éloignement de son rival, Alassane Ouattara, pour reprendre la main en Côte d'Ivoire ? Les forces armées fidèles au président sortant ont annoncé samedi avoir lancé à Abidjan une «grande offensive» pour «débarrasser» le quartier d'Abobo des insurgés. Dans la soirée, le président sortant a appelé«toute la population à rester calme».
«Nous venons de lancer une grande offensive pour débarrasser Abobo des terroristes. Ça passe ou ça casse», avait auparavant annoncé une source à l'état-major des Forces de défense et de sécurité (FDS) loyales à Laurent Gbagbo. Quartier tentaculaire et populaire du nord de la capitale économique ivoirienne, Abobo est largement contrôlé par les partisans d'Alassane Ouattara, qui se font appeler les «commandos invisibles». Dans la matinée de samedi, le porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello, avait reconnu qu'Abobo, placé vendredi sous couvre-feu nocturne, était «truffé de rebelles». «Ils tiennent des positions avec des armes lourdes», avait-il ajouté.
«Tueries aveugles»
Aux environs de midi, des habitants ont rapporté à l'AFP des tirs d'arme lourde dans ce quartier. L'un d'eux a dit avoir vu rouler vers Abobo quatre blindés, quatre transports de troupe «remplis de militaires», et «deux pick-up avec des mortiers». Sur place, l'envoyé spécial du Figaro, Cyrille Louis, n'est toutefois pas en mesure de confirmer ces informations. Des échanges de tirs ont bien eu lieu dans le quartier, mais ils sont quotidiens à Abobo depuis quelques temps et ne sont pas forcément le signe qu'une offensive d'envergure est réellement en cours. En outre, un véhicule civil de la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire (Onuci) a été incendié sans qu'il ne semble y avoir de victime.
Le camp Ouattara n'a toutefois pas manqué de réagir : il a dénoncé des «tueries aveugles» de «civils innocents», qualifiant l'opération, la première d'envergure depuis le début de la crise post-électorale fin novembre, d'«offensive du désespoir» du pouvoir.
Dégradation de la situation
Cette brutale dégradation de la situation est intervenue alors que le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara, se trouve en-dehors du pays. Il a quitté Abidjan mercredi pour assister jeudi à une réunion à Addis Abeba de l'Union africaine, qui l'a de nouveau officiellement reconnu président élu. Il s'est ensuite rendu au Nigeria, un de ses alliés de poids, pour une visite de 48 heures.
Ce déplacement hors du pays, le permier depuis le début de la crise née du scrutin de novembre, est risqué pour Alassane Ouattara qui, à Abidjan, vit retranché dans un hôtel sous blocus des forces pro-Gbagbo. Ces dernières tenteront-elle de l'empêcher de revenir dans son pays ? Samedi, le camp Gbagbo a assuré que non. «C'est un Ivoirien, il a le droit de partir et revenir à tout moment. Il est totalement et entièrement libre de revenir à Abidjan», a déclaré un responsable du camp Gbagbo. Et d'ajouter : «Nous n'avons aucun intérêt à porter atteinte à la sécurité d'un leader politique, cela aggraverait la situation».
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