
La Grande-Bretagne offre des opportunités, au plan académique, peu exploitées par les Sénégalais. Dans cet entretien, l’ambassadeur John Marshall revient sur la coopération académique entre nos deux pays tout en déclinant les domaines dans lesquels la Grande-Bretagne compte appuyer le Sénégal.
Votre pays a décidé de présenter aux chercheurs sénégalais
l’Initiative de la Royal society (ndlr : l’Académie des Sciences du
Royaume-Uni) et Dfid (Ministère du Développement international) pour le
renforcement des capacités scientifiques en Afrique. En quoi consiste
une telle initiative ?
L’Initiative Royal Society/Dfid pour le renforcement des capacités
scientifiques en Afrique est destinée aux universitaires qui souhaitent
mettre en place des consortia de recherche collaborative liant
l’Afrique subsaharienne à des universités ou des institutions de
recherche en Grande-Bretagne. Des subventions de recherche d’un montant
supérieur à 1,2 million de livres sterling sont disponibles. A mon avis,
c’est une opportunité extraordinaire qui permet aux universités et aux
institutions de recherche sénégalaises de développer des relations plus
solides avec d’autres universités africaines et britanniques, et de
faire une demande pour un financement important destiné à appuyer la
recherche dans trois domaines essentiels pour le développement du
Sénégal : l’eau et l’assainissement, les énergies renouvelables et
l’étude des sols. Par ailleurs, de petites subventions d’un montant de
25.000 livres sterling sont disponibles pour aider les universités, qui
le souhaitent, à collaborer afin d’élaborer des propositions de
financement de programme détaillées. J’espère sincèrement que les
universités sénégalaises mettront à profit cette opportunité.
Des universités sénégalaises bénéficient-elles déjà d’un financement alloué par le Royaume-Uni pour la recherche ?
Oui, le Royaume-Uni est en train d’accomplir un travail
remarquable, en partenariat avec des universités et des institutions de
recherche au Sénégal, dans le domaine de la recherche et du renforcement
des capacités de recherche. Par exemple, un projet de renforcement des
capacités de recherche sur le paludisme, dirigé par la « London school
of Hygiene and tropical medecine » et financé par la « Bill &
Melinda Gates foundation » et le « Welcome trust », investit dans les
jeunes chercheurs sénégalais par le biais de bourses d’études de 3ème
cycle et postdoctorales, de visites d’échanges et également dans la
consolidation des infrastructures du Département de Parasitologie de
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, pour soutenir les programmes
postdoctoraux. Récemment, des chercheurs de l’Ucad ont bénéficié d’une
subvention d’un montant supérieur à 1,3 million de livres sterling (plus
de 1,064 milliard de FCfa) allouée par Dfid/Mrc/Wellcome trust pour
soutenir la recherche qui contribuera à la lutte contre le paludisme.
Existe-t-il d’autres liens entre les universités britanniques et sénégalaises ?
Il y en a beaucoup. L’atelier qui aura lieu la semaine prochaine
(20-21 novembre), illustre parfaitement cela. Depuis 2009, le Hfp
(Humanitarian futures programme) du « King’s College London» met en
œuvre un programme d’échanges de décideurs dans les domaines de la
climatologie, de l’humanitaire et du développement. Le programme, qui
vise à rendre la science climatique opérationnelle en identifiant les
cas où l’apprentissage scientifique émerge, peut mieux appuyer
l’humanitaire, la réduction des risques de catastrophes et la
planification du développement. Les partenaires impliqués dans l’échange
incluent l’Anacim, les « Meteorological services », au Kenya et au
Royaume-Uni, et les scientifiques spécialistes du climat des universités
de Liverpool, de Sussex et d’Oxford, en Grande-Bretagne, ainsi qu’un
certain nombre d’Ong britanniques et sénégalaises, notamment Christian
Aid, la Croix-Rouge sénégalaise, Oxfam et Cafod. Les objectifs de cet
atelier sont les suivants : partager l’apprentissage émergent sur la
base des études menées au Kenya et au Sénégal sur les approches qui se
sont avérées les plus efficaces, et ce, en soutenant le dialogue entre
les pourvoyeurs et les utilisateurs de science, identifier les
opportunités clés et les défis à relever pour ce qui est du
développement des services climatiques qui soutiennent la résilience de
la communauté et examiner les opportunités pour l’utilisation à une plus
grande échelle et l’élargissement de l’approche par l’échange au
Sénégal, au Kenya et d’une manière générale.
Il existe des liens de longue date entre le « UK Meteorological
office » et l’Anacim. Le « Met Office » lui a offert, au début de
l’année, un enregistreur numérique pour appuyer le développement de la
météorologie au Sénégal.
La climatologie est-elle un domaine dans lequel le Royaume-Uni a une expertise spéciale ?
Oui, et il s’agit d’un domaine dans lequel nous tenons à partager
notre expertise. Les institutions britanniques, telles que le «Natural
environment research council», le « National centre of atmospheric
science » et l’Université de Reading, ont créé Afclix (Africa climate
exchange) dont l’objectif est de communiquer des informations relatives
au temps et au climat qui lient et soutiennent les populations locales.
Au Sénégal, Afclix travaille en collaboration avec la Croix-Rouge
sénégalaise pour envoyer des alertes concernant les inondations aux
communautés vulnérables.
Un consortium d’universités britanniques, de concert avec le « UK
Met office » et des partenaires africains, est également en train
d’élaborer une proposition de recherche visant à améliorer la qualité,
l’utilité et l’application pratique des prévisions météorologiques en
Afrique subsaharienne. Le Sénégal est l’un des quatre pays focaux (les
autres sont l’Ouganda, l’Afrique du Sud et le Ghana). Le programme est
dénommé Fewas (Evaluation des prévisions pour l’eau et l’agriculture en
Afrique subsaharienne).
Et dans les domaines non-scientifiques ?
Certes, un accord de coopération lie l’Université de Portsmouth à
l’Ucad depuis plus de 20 ans, par le biais d’un programme d’échanges
d’étudiants en langues et maintenant en histoire. L’Université de
Portsmouth a également des liens de longue date dans le domaine
linguistique avec le Cesag et Estel à Dakar. Plus récemment,
l’Université de Portsmouth a mis en œuvre, avec l’Ucad et l’Université
d’Alger, un projet parrainé par une académie britannique, l’« Oral
history accross generations », qui étudie un aspect peu exploré de
l’histoire commune de l’Algérie et du Sénégal : la présence de soldats
sénégalais au sein de l’Armée française pendant la guerre d’indépendance
de l’Algérie. Le partenariat vise à outiller les étudiants de 3ème
cycle et les jeunes universitaires dans ces deux pays africains, pour
l’exécution de ce projet d’histoire orale au sein de l’ancienne
génération.
Qu’en est-il, de manière générale, des liens éducatifs ?
Le Sénégal est l’un des pays impliqués dans le Programme «
Connecting classrooms » du British Council financé par le gouvernement
britannique, par le biais du Dfid. Le programme permet d’établir des
partenariats scolaires, de bénéficier de cours de perfectionnement et
d’avoir l’opportunité de partager les meilleures pratiques avec des
homologues internationaux. Au Sénégal, 30 écoles, plus de 300
enseignants et 1.500 élèves sont impliqués à Dakar, Fatick, Joal,
Saint-Louis et Ziguinchor. L’un des projets s’inscrivant dans le cadre
de ce programme est la mise en place de pôles Tic. A ce jour, trois
pôles ont été inaugurés à Dakar, Saint-Louis et Joal. Ces pôles – où 20
terminaux sont connectés à chaque serveur – assurent un accès aux Tic et
un soutien aux enseignants, aux apprenants et aux communautés. Le
Programme « Connecting classrooms » assure également une formation pour
les responsables d’établissement souhaitant acquérir des compétences en
leadership.
Combien de Sénégalais étudient en Grande-Bretagne ?
Nous pensons qu’il y a environ 80 à 100 Sénégalais qui étudient dans les universités britanniques.
Quelles sont les opportunités de bourses qui s’offrent aux ressortissants sénégalais en Grande-Bretagne?
Le gouvernement britannique gère le Programme de bourses Chevening
pour lequel les ressortissants sénégalais peuvent faire une demande. Ce
programme prévoit un financement partiel ou intégral d’études à plein
temps au niveau du 3ème cycle, normalement un diplôme de Maîtrise en un
an. Nous sommes particulièrement intéressés par des demandes pour une
formation qui aiderait le Sénégal dans le domaine de la bonne
gouvernance (politique et économique), du changement climatique et de la
gestion de l’environnement (à savoir la gestion des déchets), et de
l’application de la Loi et des systèmes de justice pénale. Nous
cherchons des candidats qui ont les qualités personnelles,
intellectuelles et interpersonnelles nécessaires pour le leadership et
qui sont motivés pour faire une carrière menant à un poste de
responsabilité dans leurs pays. Les candidats sont tenus de faire leur
demande en ligne, via e-Chevening www.chevening.org/, en
utilisant l’option Sénégal dans le menu déroulant. Le formulaire de
demande e-Chevening doit être rempli en anglais avant le vendredi 7
décembre 2012.
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