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Le Roi du Maroc, Mohammed VI, a adressé un message à la nation marocaine ce mercredi 26 février 2025, appelant les familles à s’abstenir d’accomplir le rituel du sacrifice du mouton lors de la fête de la Tabaski, prévue en juin 2025. Cette décision s’inscrit dans une démarche de responsabilité et de solidarité face à une baisse notable du cheptel, consécutive à des conditions climatiques difficiles et aggravée par une conjoncture économique tendue.
Dans ce contexte, Seneweb s’est entretenu avec l’Imam Makhtar Kanté pour éclaircir si l’islam autorise une autorité religieuse à modifier une pratique fortement ancrée comme celle-ci.
Imam, comment interprétez-vous la décision du Roi Mohammed VI de suspendre le sacrifice du mouton pour la prochaine fête de la Tabaski, et dans quelle mesure cela reflète-t-il une adaptation des pratiques religieuses aux défis contemporains comme la sécheresse ou la conjoncture économique ?
Le statut de Commandeur des Croyants confère au Roi Mohammed VI une légitimité particulière pour promulguer ce type de décisions dans le cadre du droit islamique. En tant que chef de l’État et autorité religieuse suprême, il dispose de prérogatives qui lui permettent d’agir au plus haut niveau. Au Sénégal, par exemple, une telle mesure ne pourrait être prise par l’État en raison de sa nature laïque, qui limite les interventions du président dans le domaine religieux. Au Maroc, en revanche, le Roi ne prend jamais de décision au hasard. Il s’appuie sur un comité de oulémas, des savants capables d’extraire des solutions adaptées à partir du Coran et de la Sunnah. Avant de trancher, il consulte non seulement le ministère des Affaires religieuses, mais aussi d’éminents oulémas indépendants. Face à des défis contemporains comme la sécheresse ou la crise économique, l’Amir peut ainsi, après avis des experts, promulguer une décision qui s’impose à la communauté.
En droit islamique, dans quelle mesure l’appel du Roi Mohammed VI est-il conforme aux principes de la jurisprudence islamique, notamment en invoquant des circonstances exceptionnelles comme la sécheresse et la hausse des prix ?
La légitimité de cette décision repose sur le statut du Roi en tant qu’Amir Al Mouminine, ce qui la rend parfaitement légale en droit islamique. À quoi servirait un Commandeur des Croyants s’il ne pouvait pas répondre aux défis touchant la gestion des affaires publiques ? La préservation du cheptel est une question économique et sociale majeure. En période de sécheresse, les bêtes manquent de nourriture et d’eau, ce qui peut entraîner une mortalité massive ou une flambée des prix. Face à de telles circonstances exceptionnelles – sécheresse, famine ou crise économique –, il est du devoir d’une autorité responsable de prendre des mesures adaptées, comme l’a fait le Roi. Cette légitimité trouve sa source dans le Coran, notamment dans la sourate 4, verset 59, qui enjoint aux croyants d’obéir à Dieu, au Prophète et aux détenteurs du pouvoir parmi eux. L’obéissance aux autorités publiques est donc un principe clairement établi.
Les écoles juridiques islamiques autorisent-elles une autorité religieuse, comme Mohammed VI en tant que Commandeur des Croyants, à émettre une directive collective modifiant une pratique religieuse dans l’intérêt général ?
Toutes les écoles juridiques islamiques s’accordent sur l’obligation d’obéir à Dieu, au Prophète et aux détenteurs du pouvoir, comme le soulignent plusieurs hadiths. Le droit islamique est vaste et flexible : il ne s’agit pas de s’entêter à maintenir une pratique comme la Tabaski coûte que coûte. D’ailleurs, les juristes ne s’accordent pas sur son caractère obligatoire. Certaines écoles et oulémas considèrent le sacrifice comme une sunnah recommandée, mais non comme une obligation stricte. Prenons l’exemple du Prophète Mohammed (PSL) : lors de la Tabaski, il a sacrifié deux moutons. Le premier au nom de sa famille, le second au nom de tous les membres de sa communauté n’ayant pas les moyens de le faire. Cela montre qu’une personne dans l’incapacité financière est déjà couverte par ce geste prophétique. Ainsi, la décision du Roi ne modifie pas la pratique en soi ; elle répond à une contrainte. En droit islamique, « la nécessité fait loi », et cette flexibilité face aux circonstances exceptionnelles illustre, à mon sens, la beauté du caractère islamique.
5 Commentaires
Défenseur
il y a 10 heures (10:52 AM)Reply_author
il y a 6 heures (14:30 PM)Monsieur Plus
il y a 7 heures (13:31 PM)Concours de taille de mouton dans les quartiers
Endettement pour s'acheter un mouton au détriment du bien être de sa famille
Mettre au congélateur le reste du mouton le jour de la tabaski au lieu de l'offrir .....
Reply_author
il y a 6 heures (14:40 PM)Daouda
il y a 6 heures (14:20 PM)Participer à la Discussion